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Sapin ou épicéa de Noël ?

Auteurs : Régis Thomas, Margarethe Maillart et David Busti ; Publication : David Busti

La tradition française du sapin de Noël, très ancienne, est née en Alsace vers 1520. Aujourd'hui, plus de 5 millions de sapins de Noël sont achetés en décembre par 20 % des foyers français, marché qui génère un chiffre d'affaire de 100 millions d'euros par an. Mais que vend-on, des sapins ou des épicéas ?

Dans les années 2000, les sapins de Noël étaient plutôt des épicéas, aujourd'hui la tendance s'est inversée et le sapin est en tête, avec la dominance d'une espèce exotique, le Sapin de Nordmann. Mais voyons d'abord comment distinguer un sapin d'un épicéa.

Reconnaître le Sapin blanc de l'Epicéa commun

Le Sapin blanc (Abies alba) et l'Epicéa commun (Picea abies) sont les seules espèces indigènes de sapin et d'épicéa en France. Ils sont couramment confondus, et pourtant, avec une observation un peu attentive, tout les oppose, à part peut-être un feuillage toujours vert et une allure sensiblement voisine.

 

Sapin blanc (Abies alba = Abies pectinata)

Epicéa commun (Picea abies)

Port à l'état jeune

  • chez les jeunes arbres, le port est voisin et les deux arbres ont une silhouette conique
  • chez les arbres adultes et âgés, les différences sont bien marquées

Port à l'état âgé

  • les vieux arbres ont leur cime qui s'aplatit et prend l'allure d'un nid de cigogne (les forestiers disent que l'arbre « fait la table »)
  • les branches sont horizontales à dressées et portent des rameaux horizontaux disposés dans un plan
  • les vieux arbres ont une cime toujours conique
  • les branches sont inclinées vers le bas et portent des rameaux pendants, ce qui donne à la branche une allure de « queue d'épagneul »
Sapin-blanc-individus-ages Epicea-individu-age

Ecorce jeune

  • lisse, gris argenté (d'où l'un des noms latins de l'espèce : « alba » qui signifie blanc)
  • brun rougeâtre (d'où le nom sapin rouge)

Rameaux

  • lisses
  • aiguilles implantées tout autour du rameau mais se tordant pour se placer dans un plan, comme les dents d'un peigne double (d'où l'autre nom latin de l'arbre : « pectinata »)
  • sillonnés
  • aiguilles implantées tout autour du rameau mais la plupart se tordant pour se disposer en demi-cylindre
Sapin-rameau Epicea-rameau

Aiguilles

  • insérées par un disque ; laissant une cicatrice circulaire sur le rameau après leur chute
  • extrémité non piquante
  • section aplatie
  • 2 bandes blanches à la face inférieure (correspondant aux milliers de petits pores, les stomates)
  • soudées au rameau ; se détachant en entraînant un lambeau d'écorce
  • extrémité piquante
  • section losangique
  • vertes sur toutes les faces (en réalité une observation à la loupe révèle 4 bandes blanches de stomates peu marquées)
Sapin-blanc-aiguilles.jpg Epicea-aiguille

Cônes murs

  • dressés
  • se désarticulant sur l'arbre (les écailles tombent) en laissant l'axe (= chandelle), ce qui fait que l'on ne trouve jamais de « pomme de sapin » au pied des arbres
  • pendants
  • tombant en entier, ce qui fait que l'on trouve des « pommes d'épicéa » au pied des arbres
  Epicea-individu-cones-pendants

Répartition

  • montagnes d'Europe, mais absent en Espagne, Grande Bretagne et Scandinavie
  • étage montagnard supérieur où il donne des forêts en étant seul (sapinières) ou associé au Hêtre (où peut se trouver également le Hêtre (hêtraies-sapinières)
  • montagnes d'Europe (sauf Espagne, Italie, Grande Bretagne) et Scandinavie
  • étage subalpin inférieur où il forme des forêts (pessières)
Sapin-blanc-repartition Epicea-repartition

Ecologie

  • exige une humidité élevée et résiste au froid
  • la série du Sapin blanc est de couleur bleu outremer sur les cartes de la végétation au 1/200000e
  • exigeant en humidité et très résistant au froid
  • la série de l'Epicéa est de couleur grise sur les cartes de végétation au 1/200000e

 

Noms scientifiques et noms communs
Abies alba = Abies pectinata (Sapin, Sapin blanc, Sapin argenté, Sapin pectiné). Les noms de Sapin blanc ou argenté font allusion à l'écorce du jeune arbre qui est blanchâtre (ou peut-être, aux deux bandes blanches sous les aiguilles) ; le qualificatif pectinata, aux aiguilles disposées comme les dents d'un peigne (pecten en latin) de chaque côté des rameaux.
Picea abies = Picea excelsa (Epicéa, Sapin rouge, Epicéa élevé, Pesse, Sapin du nord, Epinette de Norvège). Picea vient du latin pix (= poix) allusion au contact poisseux de différentes parties de l'arbre. Picea abies vient de la ressemblance avec le sapin, mais cette nomenclature est regrettable car elle entretient la confusion. Excelsa (= élevé), est plus exact car l'épicéa est le plus grand arbre indigène de France. Sapin rouge est également regrettable, mais fait allusion à l'écorce brune, par rapport à l'écorce grise du sapin. Sapin du nord, encore regrettable, est cependant écologiquement exact puisque il n'y a pas de sapin spontané en Scandinavie. Pesse est le terme d'où dérive le nom de la forêt d'épicéas : une pessière.

 

Le Sapin de Nordmann : Abies nordmanniana

Il existe une cinquantaine d'espèces de sapins dans le monde. En dehors de l'espèce indigène, on plante en France quelques espèces nord-américaines et méditerranéennes. Le Sapin de Nordmann est l'une de ces espèces méditerranéennes. Il pousse naturellement dans les montagnes du nord de la Turquie et du Caucase, au sud et à l'est de la mer Noire, dès 500 m d'altitude, mais surtout entre 1300 et 2000 m. Il a été introduit en Europe en 1838 par le botaniste finlandais Nordmann, d'où son nom spécifique.

Le Sapin de Nordmann se distingue de notre sapin indigène par ses aiguilles robustes, assez longues, en brosse puissante cachant le rameau et rabattue vers l'avant. Il présente une bonne résistance à la sécheresse ce qui l'a fait choisir comme sapin de Noël, car il ne perd pas ses feuilles en appartement.

Le Sapin de Nordmann :
jeunes individus vendus pour Noël (à gauche), rameau (à droite) et aire de répartition naturelle (en bas).

Sapin-Nordmann-individus-jeunes Sapin-Nordmann-rameau
Sapin-Nordmann-repartition

 

Bibliographie

  • BECKER M. et al., Je reconnais les arbres, A. Leson, 1977
  • JACAMON M., Guide de dendrologie 1 Conifères, GREF, 1984
  • RIOU-NIVERT P., Les résineux, IDF,1996
  • ROL R., Flore des arbres, arbustes et arbrisseaux, La Maison Rustique, 1965.
  • Spécial épicéa, La Hulotte n° 36-37, 1998.

 

Régis Thomas, Margarethe Maillart et David Busti, janvier 2011

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