Le sureau noir

Auteurs : Régis Thomas et David Busti ; publication : David Busti

Le sureau noir (Sambucus nigra) est un ligneux de la famille des Caprifoliacées très répandu qui se signale à la fin du printemps par ses fleurs blanches en larges disques semblables à de la neige. Il croit naturellement dans les bois frais, dans les lisières, au bord des rivières, mais c'est en compagnie de l'Homme qu'on le trouve le plus souvent : il est commun autour des habitations, dans les haies, les décombres et les friches. C'est un pionnier fidèle des ruines (rudéral) et des lieux enrichis en azote.

Un buisson aux feuilles qui sentent mauvais

Le sureau noir se présente le plus souvent sous la forme d'un buisson (ou arbrisseau) en boule dont la ramure révèle les deux phénomènes physiologiques qui lui ont donné naissance : développement de plusieurs tiges à la base (basitonie) complétées par de nombreux rejets, et prépondérance des rameaux situés à la partie supérieure des branches (épitonie). Lorsqu'il vieillit, il s'élève et se dégarnit au pied, sa tige unique lui donnant alors une silhouette d'arbuste.

Un sureau noir jeune au port buissonnant (à gauche) et un sureau plus âgé au port arborescent (à droite).
L'arbuste de la photo du bas illustre bien le développement basitone et épitone du sureau noir.

Sureau-noir-buisson1 Sureau-noir-arbuste
Sureau-noir-buisson2

 

Ce qui frappe en premier à l'approche d'un sureau noir, c'est son odeur forte et désagréable. En observant un rameau, on remarque ensuite que les feuilles sont opposées, composées, pennées, à 5 (7) folioles ovales dentées. L'écorce est ponctuée de verrues (lenticelles) très apparentes et caractéristiques et, lorsque l'on sectionne un rameau, on voit qu'il est rempli d'une abondante moelle blanche.

Des inflorescences de fleurs blanches donnant des baies noires

L'inflorescence avec ses fleurs côte à côte situées dans un même plan ressemble à une ombelle mais l'examen des pédoncules floraux, de longueur inégale, révèle qu'il s'agit en fait d'un corymbe. Les branches de l'inflorescence synthétisent des anthocyanes et rougissent, en même temps que les fleurs se transforment en fruits. Le fruit est une baie noire à 3 (1) pépins, sucrée mais à arrière saveur un peu écœurante.

Rameau de sureau noir à différents stades de maturité :
boutons floraux (à gauche), fleurs (au centre) et jeunes fruits encore verts (à droite).

Sureau-noir-inflorescence


Les fleurs à odeur agréable sont minuscules et nécessitent un examen à la loupe. Elles sont actinomorphes (= régulières à symétrie axiale) et comportent de l'extérieur vers le centre :

  • un calice de 5 petits sépales verts ;
  • une corolle constituée de 5 pétales blancs en étoile, ovales et soudés en tube à la base ;
  • Cinq étamines alternant avec les pétales. Leurs anthères, jaunes, donnent une couleur d'ensemble crème à l'inflorescence ;
  • un pistil conique et court surmonté de 3 stigmates sessiles. Une coupe transversale révèle qu'il est formé de 3 carpelles soudés en un ovaire à 3 loges.

Détail d’une branche de l’inflorescence de second ordre (à gauche),
d'une fleur vue de dessus (au centre) et d'une fleur vue de dessous (à droite).

Sureau-noir-fleurs

 

Un peu d'étymologie
Le nom français sureau pourrait venir du goût aigrelet de ses baies, su, sur comme on disait naguère.
Le nom latin de genre sambucus dérive du grec sambûke : flûte. En effet, la moelle des tiges se retirant facilement, les enfants en font couramment des flûtes rustiques. Plus vraisemblablement, sambucus aurait donné en français médiéval seü, saü (persistant dans le patois du Nord de la France) puis seür, et enfin surant au XIVème siècle.
Le nom latin d'espèce nigra, qui signifie noir, caractérise la couleur de ses baies (le sureau à grappes possède des baies rouges).

Le sureau noir parmi les trois sureaux de France

Le tableau ci-dessous permet d'identifier immédiatement le sureau noir des deux autres espèces de sureau présentes en France.

Caractéristiques, répartition et écologie des trois sureaux de France.

Sureau noir
(Sambucus nigra)

Sureau rouge = Sureau à grappes (Sambucus racemosa)

Sureau yèble
(Sambucus ebulus)

  • Ligneux, arbrisseau ou arbuste
  • Moelle blanche
  • Feuilles à 5-7 folioles ovales
  • Inflorescence en corymbe blanc
  • Fleurs blanches à pétales ovales étalés, anthères jaunes et odeur agréable
  • Baies noires
  • Ligneux, arbrisseau
  • Moelle brun-orangé
  • Feuilles à 5-7 folioles ovales lancéolées
  • Inflorescence en grappe composée ovoïde jaune pâle
  • Fleurs jaunes à pétales pointus réfléchis, peu odorantes
  • Baies rouge vif
  • Plante herbacée annuelle, robuste (1-2 m)
  • Moelle blanche
  • Feuilles à 7-11 folioles allongées et à stipules persistantes
  • Inflorescence en corymbe blanc-rosé
  • Fleurs blanches à pétales pointus relevés, anthères pourpres et odeur d'amande amère
  • Baies noires
 Sureau-noir-rameau  Sureau-a-grappes-rameau  Sureau-yèble-rameau
Sureau-noir-fruits Sureau-a-grappes-fruits-murs.jpg Sureau-yèble-fruits-murs.jpg
 Sureau-noir-repartition  Sureau-a-grappes-repartition  
  • Plante commune un peu partout en France (plus rare en région méditerranéenne)
  • De 0 à 1600 m
  • Autour des maisons, haies, décombres, friches, sur sol moyen à frais, nitraté
  • Plante assez commune en montagne et dans le nord et l'est de la France (besoin d'humidité et de fraicheur)
  • De 100 à 2000 m
  • Forêts, lisières, clairières, haies sur sol frais
  • Plante commune en France
  • De 0 à 1400 m
  • Au bord des routes, sur les talus, les berges des rivières, clairières et friches où elle forme des colonies denses et étendues grâce à ses drageons

 

Les usages traditionnels du sureau

L'écorce et les feuilles possèdent des propriétés diurétiques et laxatives et également analgésiques et sédatives. Le suc frais sert à préparer un sirop appelé rob de sureau, qui était en Espagne "la vraie panacée des paysans".

Les fleurs fraiches possèdent les propriétés atténuées de l'écorce et des feuilles. Séchées, elles sont également puissamment sudorifiques. Les tsiganes consomment les inflorescences frites dans de la pâte à beignets.

Les baies ont également les mêmes propriétés. Elles sont également récoltées couramment dans le Nord de l'Europe, en Suisse, en Espagne pour la confiture. On y prépare aussi un sirop de baies.

Des propriétés médicales reconnues et prouvées
Chose assez rare, la plante a donné lieu à plusieurs essais pharmacologiques, publiés dans des revues scientifiques :
1) En 1986, la commission E, un organisme gouvernemental allemand, approuvait l'usage médicinal des fleurs de sureau pour le traitement du rhume.
2) En 1995 sont publiés les résultats d'un essai clinique à double insu avec placebo menés en Israël au cours d'une épidémie de grippe. Ils démontrent qu'un extrait de baies de sureau (Sambucol) était nettement supérieur au placebo pour le soulagement des symptômes de la grippe. Au bout de deux jours, 93% des sujets traités au sambucol voyaient un soulagement significatif de leurs symptômes, tandis qu'il fallait 6 jours pour que 91% des personnes du groupe placebo montrent une amélioration similaire.
3) En 1999, l'OMS reconnaissait l'usage traditionnel des fleurs de sureau comme diaphorétique (= qui provoque la sudation).

 

Une moelle "histologique" et "musicale"

L'utilisation la plus connue des biologistes est celle de la moelle utilisée comme porte échantillon. En vue de réaliser des coupes histologiques à main levée, on place dans ses bâtonnets fendus et évidés les organes végétaux trop petits ou trop mous pour être tenus en main.

Une fois ôtée, la moelle permet également de fabriquer des sifflets, des flutes sommaires, des instruments (= bouffadous) permettant d'attiser le feu sans se brûler.

Croyances

Le sureau est célébré et planté comme protecteur des maisons au Danemark, en Suède et en Russie. En Galice, on cueillait les fleurs la veille de la Saint-Jean et on les laissait toute la nuit dehors afin que "Monsieur Saint-Jean passe et bénisse les rameaux".

On trouve cependant dans certaines contrées le sureau comme allié du sorcier et jeteur de sort, suspicion due sans doute à l'odeur nauséabonde de ses feuilles. Dans la tradition celtique, c'était également l'arbre des morts.

Bibliographie

  • BONNIER Gaston, La grande flore en couleurs, Belin, 1990.
  • COSTE Hippolyte, Flore de la France, Klincksieck, 1906.
  • FOURNIER Paul, Les quatre flres de France, Lechevalier, 1936.
  • JACOB Isabelle & Roland SABATIER, Les baies, Glénat, 1999.
  • LIEUTAGHI Pierre, Le livre des arbres, arbustes et arbrisseaux, Morel, 1969.
  • Site internet PasseportSanté.net
  • RAMEAU et coll., Flore forestière française, Tome 1, IDF, 1989.

 

Régis Thomas et David Busti, juin 2011