Les migrations altitudinales de quelques passereaux montagnards

Auteur : Jean-Pierre Moussus ; Publication : David Busti

Tichodrome échelette, juvénile.
On peut déterminer l'âge de l'oiseau en utilisant la coloration grise unie du plumage de contour et la texture encore duveteuse du plumage. (Massif du Vercors, août 2010)

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Tichodrome échelette, juvénile.
Remarquez la couleur de la base des rémiges primaires et des couvertures. (Massif du Vercors, août 2010)

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Bruant fou, mâle adulte.
Remarquez la forme de la mandibule inférieure beaucoup plus épaisse que la mandibule supérieure et munie d'une "dent" typique des Bruants. (Massif du Vercors, août 2010)

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L'automne est une saison de transition pour bon nombre d'animaux. Plusieurs stratégies permettant de passer la mauvaise saison existent, et c'est au moment de l'automne qu'elles sont mises en œuvre. Chez les Oiseaux, une adaptation communément observée à la diminution de la quantité de nourriture disponible en hiver est la migration. Les espèces concernées quittent leurs quartiers de reproduction et entreprennent un déplacement vers des contrées moins hostiles avant de faire leur retour au printemps. Une migration se définit comme un déplacement aller-retour saisonnier dans une direction relativement bien définie.

Pour bon nombre d'espèces nicheuses en plaine, la migration s'effectue vers les basses latitudes. En revanche, ce déplacement est un peu différent chez des espèces qui nichent en altitude. C'est le cas du Tichodrome échelette (Tichodroma muraria). Ce passereau, seule espèce composant la famille des Tichodromadidés (apparentée à la famille des Sittidés, les Sitelles), niche en montagne sur des falaises inaccessibles. On peut avoir la chance de le croiser dans les chaînes subalpines comme le Vercors ou la Chartreuse mais il est rare de l'observer autrement qu'à grande distance sur une falaise. Les couleurs magnifiques (rose fuchsia) de ses rémiges et de ses couvertures alaires n'autorisent aucune confusion lors de son identification. Le Tichodrome échelette est un insectivore strict. Il se nourrit en arpentant les blocs rocheux et les falaises, les explorant à l'aide de son grand bec effilé. A l'automne, lorsque les températures baissent de façon significative sur ses quartiers de reproduction, la quantité de nourriture disponible diminue aussi, ce qui pousse le Tichodrome à descendre dans les vallées. Ce type de mouvement saisonnier est appelé migration altitudinale. Contrairement aux migrations latitudinales, ces déplacements peuvent s'effectuer dans n'importe quelle direction mais conduisent systématiquement les oiseaux vers des lieux de plus faible altitude où la température est plus douce en hiver et la nourriture plus abondante. Ainsi, on retrouve des tichodromes hivernant en plaine, sur les églises, les barrages, les murailles des châteaux, parfois à plusieurs centaines de kilomètres de leur site de nidification. L'hiver 2007 restera d'ailleurs célèbre pour la communauté ornithologique francilienne puisqu'un tichodrome avait élu domicile sur... le Panthéon ! Le baguage des oiseaux sur leur lieu de nidification a permis de montrer une fidélité relative aux sites d'hivernage lorsque ceux-ci sont assez proches des quartiers d'été. On le voit, l'espèce possède une niche écologique similaire sur les sites de nidification et sur les sites d'hivernage, ce qui n'est pas forcément le cas de toutes les espèces migratrices.

Parmi les espèces qui pratiquent également la migration altitudinale figure le Bruant fou (Emberiza cia). Cette espèce niche à la limite de l'étage montagnard et de l'étage subalpin, au niveau de landes à Genévrier nain et Raisin d'Ours où les arbres commencent à se raréfier. En période de reproduction, il se nourrit plutôt d'insectes alors qu'il est nettement granivore en hiver. En automne, il descend également en plaine où on le retrouve dans les milieux ouverts. Comme pour le Tichodrome, ces déplacements peuvent mener les Bruants fous à plusieurs centaines de kilomètres de leur site de nidification (dans l'ouest de la France par exemple), mais la majeure partie des mouvements migratoires s'effectuent dans un périmètre restreint. Les exemples de migrations altitudinales ne sont pas rares chez les espèces montagnardes : on pourrait encore citer le Pipit Spioncelle (Anthus spinoletta), le Venturon montagnard (Serinus citrinella) ou bien encore l'Accenteur alpin (Prunella collaris). C'est donc un véritable mouvement de transhumance qui se déroule à l'automne chez la gent ailée !

Pour en savoir plus

  • Yves & Jean-Pierre Trévoux, L'Hivernage du bruant fou Emberiza cia dans l'ouest de la France : règle ou exception ?, dans Ornithos, Rochefort, Ligue pour la protection des oiseaux, vol. 15-1, janvier 2008, p. 50-54.
  • Ian Newton, Bird migration, The new naturalist library, Collins 2008.
  • Kilian Mullarney, Lars Svensson, Dan Zetterström et Peter J. Grant, Le guide ornitho, Delachaux et Niestlé 2010.

 

Jean-Pierre Moussus, novembre 2011.