Le Tamia de Sibérie, un nouveau réservoir pour la maladie de Lyme

Auteur : Jean-Pierre Moussus ; Publication : David Busti
Tamia de Sibérie, Forêt de Sénart, Essonne, Mai 2010.
Tamia-sibiricus.JPG

 

Tamia de Sibérie, Forêt de Sénart, Essonne, Mai 2010.
Tamia-sibiricus2.JPG

 

Le Tamia de Sibérie (Tamias sibiricus barberi) est un sciuridé originaire d’Asie. Il fait partie de ce que l’on appelle les NAC : les Nouveaux Animaux de Compagnie. Commercialisé en tant que tel sous le nom d’Ecureuil de Corée dans de nombreuses animaleries, il a fini par être affranchi de son joug par nombre de ses maîtres depuis les années 1970 et prolifère désormais dans une dizaine de populations plus ou moins indépendantes en Ile de France.

Il fréquente les milieux forestiers (et par extension les parcs et les jardins urbains) à la lisière desquels on le rencontre facilement prospectant au sol à la recherche de nourriture. Il se reproduit dans des terriers creusés dans le sous-bois ou utilise des cavités naturelles notamment dans de vieux arbres morts. Les scientifiques ne le soupçonnent pas d’être en compétition interspécifique avec l’Ecureuil roux (Sciurus vulgaris) dans la mesure où son comportement semi arboricole lui fait exploiter une niche écologique sensiblement différente de celle de ce dernier. En revanche, le Tamia de Sibérie est suspecté de jouer le rôle de réservoir pour Borrelia burgdorferi, l'agent responsable de la maladie de Lyme (ou borréliose de Lyme). Cette bactérie spiralée appartenant au groupe des Spirochètes se trouve dans la salive des tiques du genre Ixodes, notamment Ixodes ricinus, très commune dans les forêts françaises et européennes.

A l’instar de celui de nombreuses espèces parasites, le cycle de développement de la tique est complexe et comprend quatre stades : les larves (qui éclosent à partir d’œufs pondus par les femelles adultes) ainsi que les nymphes sont des ectoparasites de mammifères de petite taille. L’hôte principal de ces stades dans les forêts françaises est le Campagnol roussâtre (Myodes glareolus). Lorsqu’elles éclosent, les larves prospectent au sol pour trouver l’hôte qui leur fournira leur premier repas de sang. C’est ce premier hôte qui leur transmettra éventuellement Borrelia burgdorferi. Après ce premier repas, la larve se détache et se métamorphose en nymphe au sol avant de se mettre en quête d’un second hôte. Une fois le repas nymphal consommé, la nymphe se détache à nouveau et effectue une mue imaginale qui la transforme en adulte mature sexuellement. Les femelles fécondées infectent à leur tour un hôte, mais cette fois, ce sont plus souvent les grands mammifères (et donc éventuellement l’Homme) qui sont concernés. L’Homme peut donc être infecté par Borrelia burgdorferi s’il est piqué par une tique porteuse (plutôt un stade nymphal ou adulte puisque les stades larvaires ne se sont pas encore contaminés).

Cycle de développement de la Tique Ixodes ricinus. (D'après Wikipedia)
Cycle-Ixodes-ricinus.jpg

 

Un conseil pratique
Il est vivement conseillé, après chaque excursion en forêt de s’inspecter le corps pour vérifier que l’on n’a pas été piqué par une tique. Si c’est le cas, on peut retirer délicatement celle-ci à l’aide d’une pince sans trop appuyer sur son abdomen. Il convient surtout de surveiller le lieu de la morsure et de consulter un médecin si des rougeurs apparaissent et s’étendent autour ou si des symptômes fiévreux apparaissent.

 

Les travaux de l’équipe de Jean-Louis Chapuis, maître de conférences au Muséum National d’Histoire Naturelle et plus particulièrement la thèse de Julie Marmet, ont montré d’abord que le Tamia de Sibérie était porteur de Borrelia burgdorferi et qu’en forêt de Sénart (département de l’Essonne), la prévalence de la bactérie était supérieure chez le Tamia (33,3 %) par rapport au Campagnol roussâtre (14,1 %). Par ailleurs, une autre étude sur la même population montre également que la charge parasitaire des stades larvaire et nymphal était supérieure chez le Tamia de Sibérie par rapport Campagnol roussâtre. Ces résultats démontrent que l’introduction d’une espèce exotique, couplée à son caractère envahissant (dans certaines populations, l’augmentation de l’aire de distribution est estimée à 250 mètres par an) peut ne pas être anodine sur certains assemblages préexistants. Dans ce cas précis, vient s’ajouter un enjeu de santé publique puisque la maladie de Lyme est potentiellement grave si elle n’est pas traitée à temps. Cet exemple souligne donc toute l’importance que revêt la recherche concernant la dynamique des populations des espèces envahissantes ainsi que l’étude de leurs interactions avec les espèces autochtones.

 

Jean-Pierre Moussus, septembre 2011.