(#C= Hepatitis A virus [tv1.3.2.2:00.052.0.03.001] # Hepatitis B virus [tv1.2.2:00.030.0.01.001] # Hepatitis C virus [tv1.3.2.2:00.026.0.03.001] # Hepatitis delta virus [tv1.3.3:82.022.0.01.001] # Hepatitis E virus [tv1.3.2.2:00.084.0.01.001] # Hepatitis G virus [tv1.3.2.2:00.026.0.06.002] # Pathologies et aspects cliniques [os4.3] # Hépatite [os4.3.7.1] # Aspects épidémiologiques [os4.4] # Cycle viral [os3.1] # Génome viral [os1.2] )
(#K= historique )
Résumé
Décrit, pour les virus des hépatites A, B, C, D, E, G, l'historique de leur découverte, les aspects généraux des différents virus (famille virale, stucture du génome et des particules virales et les données épidémiologiques.
Table des matières
Les hépatites sont des lésions inflammatoires du foie dont les causes peuvent être multiples : infectieuses, médicamenteuses, auto-immunes, etc. Quelle que soit l’origine de la pathologie, des signes cliniques communs peuvent être observés : ictère fébrile, prurigineux, décoloration des selles, brunissement des urines et augmentation de la concentration en transaminases dans le plasma, signes d’une cytolyse et d’un dysfonctionnement hépatique.
De nombreux virus sont capables de provoquer une atteinte hépatique (Cytomégalovirus, virus d'Epstein-Barr, virus Herpes simplex, virus de la fièvre jaune, etc.), mais cinq virus ayant un tropisme hépatique quasi-exclusif sont responsables de ce qui est communément appelé « hépatites virales » : ce sont les virus des hépatites A, B, C, Delta et E (HAV, HBV, HCV, HDV, HEV). Plus récemment, un virus dit de l’hépatite G a été caractérisé sans que son implication dans des pathologies hépatiques soit établie. Dans le cas des hépatites d’origine virale, les lésions peuvent être dues à l’effet cytopathique direct du virus. Cependant, la majorité des virus des hépatites sont peu cytopathogènes et c’est la réaction immunitaire dirigée contre les cellules hépatiques infectées qui les détruit.
Les hépatites virales constituent un problème de santé mondiale majeur puisqu’elles touchent plusieurs centaines de millions de personnes à travers le monde (plus de 470 millions de personnes sont infectées par HCV ou HBV). Bien que présentant des pouvoir pathogènes très proches, ces virus appartiennent à des familles virales très différentes et s’individualisent par leurs modes de transmission et leurs modalités évolutives. Si certains virus (comme HAV) posent peu de problèmes majeurs, d’autres peuvent provoquer des complications graves. A la phase aigue de l'infection, quasiment tous ces virus peuvent entraîner des hépatites fulminantes. Ces formes sont rares mais induisent une destruction de tout le tissu hépatique et engendrent troubles métaboliques, encéphalopathies, et coma. Le taux de mortalité est extrêmement élevé malgré le placement des patients en soins intensifs et souvent, seule une greffe hépatique est à même de conduire à un pronostic vital favorable. Certaines des hépatites virales peuvent aussi devenir chroniques et exposent alors au risque de développement de cirrhoses et d'hépatocarcinomes. Dans de nombreux cas, la greffe hépatique est là encore le seul traitement efficace.
Après avoir fait l'historique de la découverte successive des différents virus des hépatites, nous passerons en revue les caractéristiques virologiques, épidémiologiques et cliniques des différents virus connus, en distinguant les virus à transmission entérique des virus à transmission parentérale (sanguine). Un tableau récapitulant les principales caractéristiques des virus est présenté en fin de document (figure 15).
L'existence d’ictères (colorations jaunes de la peau due à l'accumulation de bilirubine) infectieux, contagieux et épidémiques est connue depuis l’antiquité. Ce n’est qu’en 1912 qu’une origine virale est supposée pour expliquer l’atrophie du foie parfois associée, mais il faudra encore attendre 1923 pour que l’origine virale soit établie avec certitude. En 1947, les hépatites A et B sont individualisées séparant ainsi les hépatites infectieuses épidémiques (hépatites A) des hépatites à transmission sérique (hépatites B).
Le virus responsable de l’hépatite B (HBV pour Hepatitis B virus) a été précisément identifié en 1970 bien qu’un antigène spécifique de l’hépatite B ait été mis en évidence dès 1964. Ces découvertes ont ouvert la voie aux premiers vaccin anti-HBV, mis au point dès 1975. Onze ans plus tard il a été remplacé par le premier vaccin jamais obtenu par génie génétique.
Le virus de l'hépatite A (HAV) a, quant à lui, été identifié en 1973 par immunomicroscopie électronique à partir de selles de patients atteints d'hépatite épidémique. En 1978, Provost et Hilleman produisirent le premier prototype de vaccin dirigé contre HAV. Malgré la mise au point un an plus tard d'un système permettant de propager le virus en culture cellulaire, ce n'est qu’en 1995, qu'un vaccin a été commercialisé. Auparavant, seul un traitement par immunisation passive par des immunoglobulines spécifiques permettait de prévenir une infection par HAV. Il existe aujourd’hui des vaccins inactivés et d’autres atténués contre HAV.
En 1977, un antigène encore inconnu a été isolé dans des hépatocytes de patients souffrant d’une infection chronique d’HBV. D’abord considéré comme un antigène non encore identifié, spécifique de l’hépatite B, il fut appelé antigène Delta. Cet antigène était exclusivement observé lors d’infections par HBV, mais n’était pas trouvé chez tous les patients infectés par ce virus. En 1980, des études sur le chimpanzé ont permis de montrer que cet antigène est en réalité spécifique d’un nouveau virus défectif (virus satellite) nécessitant HBV pour sa dissémination : ce virus a alors été dénommé HDV pour "Hepatitis Delta Virus".
Malgré l’identification de ces virus, de nombreux patients atteints d'hépatites infectieuses ne présentaient aucun marqueur d’infection par HAV ou HBV : le terme d’hépatite "non-A, non-B" était alors employé. Dès 1983, l’existence d’un virus "non-A, non-B" à transmission entérique induisant des lésions hépatiques était confirmée et les virions responsables étaient observés dans des selles de patients infectés. Il a ensuite fallu attendre 1990 pour disposer de la séquence du génome de ce virus, qui pris le nom de virus de l'hépatite E (HEV).
En effet, un an plus tôt, en 1989, le principal virus responsable des hépatites "non-A non-B" à transmission sérique avait été identifié (Virus de l'hépatite C, HCV). Ce fut le premier virus découvert exclusivement par des techniques de biologie moléculaire, sans système de culture ni visualisation préalable du virus en microscopie électronique.
Il faut enfin noter la découverte en 1995/1996 du virus de l’hépatite G (HGV), aussi que de plusieurs virus apparentés connus sous les noms de virus GB-A, GB-B et GB-C.
HAV appartient à la famille des Picornaviridae, au sein duquel il est le seul représentant du genre Hepatovirus. Il est classé en sept génotypes, mais ne présente qu'un seul sérotype. HAV est un virus à symétrie icosaédrique non enveloppé de 27 à 32 nm de diamètre. Le virion se compose d’une capside protéique composée de 60 protomères (composés des protéines VP1, VP2, VP3 et VP4) et d’un génome linéaire à ARN positif simple brin d’environ 7,5kb, typique des picornavirus (figure 1).
Figure 1. Structure du génome de HAV.
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Le génome de HAV est composé d’une partie 5’ non codante (NCR) non coiffée mais lié par liaison convalente à la protéine virale VPg (protéine 3B), d’un unique cadre ouvert de lecture (ORF) codant pour une polyprotéine dont dérivent toutes les protéines virales et d'une NCR en 3’ terminé par une queue poly(A).
HAV est un des virus connus les plus résistants au milieu extérieur. En effet, HAV est insensible au pH et à de nombreux agents chimique (éther, chloroforme…), relativement résistant à la température, à la congélation…, il survit plusieurs mois dans l’eau douce, l’eau de mer, le sol, les sédiments marins, etc. Ceci explique certaines voies de contamination (notamment par ingestion de coquillages concentrant le virus). La distribution mondiale de l’hépatite A est corrélée au statut socio-économique (figure 2). Le seul réservoir est le sujet infecté et le mode de transmission est fécal-oral. Entre 10 000 et 30 000 nouveaux cas d’hépatite A sont diagnostiqués chaque année en France. Plusieurs vaccins efficaces sont disponibles depuis une dizaine d'années (cf plus haut).
L’HAV pénètre dans l’organisme par voie digestive. Les hépatocytes sont, in vivo, le site principal de réplication d’HAV. Pourtant, in vitro, de nombreux types cellulaires semblent pouvoir supporter la réplication du virus. De plus, même si des études en culture cellulaire ont identifié une glycoprotéine cellulaire de fonction inconnue qui pourrait jouer le rôle de récepteur cellulaire, le récepteur utilisé in vivo et qui pourrait jouer un role dans le tropisme cellulaire d’HAV n’est toujours pas connu. Le virus se réplique précocement au sein du foie et il semble gagner ensuite l’intestin par la bile d’où il passerait finalement dans les selles permettant ainsi sa dissémination. La période d’incubation est d’environ 30 jours, la phase d'infection aigue prend des formes très diverses, allant d’asymptomatique à sévère (rarement fulminante), mais n'évolue jamais vers des formes chroniques et leurs complications.
HEV présente des caractéristiques similaires aux virus de la famille des Caliciviridae, mais sans que l’on puisse le classer dans celle-ci. Sa classification reste donc incertaine, le genre Hepevirus, créé pour lui, n'étant pas pour le moment rattaché à une famille définie. Il s'agit d'un petit virus non enveloppé à symétrie icosaédrique dont les particules virales mesurent entre 30 et 34 nm de diamètre. Son génome est constitué d'un ARN simple brin de polarité positive (figure 3).
Figure 3. Structure et expression du génome de HEV.
Le génome de HEV comporte environ 7500 nucléotides. Il est polyadénylé en 3’ et comprend trois ORF en partie chevauchants et encadrés de régions non codantes.
HEV se transmet par voie fécal-orale et notamment par l’intermédiaire d’eau souillée, entraînant une distribution mondiale très inégale. Le virus est principalement présent dans des zones où l’hygiène est déficiente constituant ainsi des zones d’endémie forte (Afrique, Amérique Centrale et du Sud, Asie), comparées à des zones où les seuls cas observés sont des cas importés (voyages, migrations de population à risque) (figure 4).
Figure 4. Distribution mondiale de l’hépatite E.
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Les zones en rouge correspondent à des zones de survenue d’épidémie ou des zones où l’infection par HEV est confirmée dans plus de 25% des hépatites sporadiques non-A, non-B, non-C.
HEV pénètre dans l’organisme par voie intestinale. Il semblerait que le site primaire de réplication soit l’intestin puis que le virus gagne le foie via la veine porte. Il se réplique alors au sein des hépatocytes avant d’être éliminé dans la bile puis dans les selles. Le temps d’incubation de l'hépatite E est compris entre 15 et 60 jours. Cependant, l’histoire de l’infection est mal connue tout comme les mécanismes de réplications, du fait de l’absence de système réplicatif performant in vitro. De même, la pathogénicité de HEV est peu connue. Tout comme dans le cas de HAV, l’infection par HEV n'évolue jamais vers une hépatite chronique, ce qui le différencie de HBV ou HCV. Par contre HEV peut induire des hépatites fulminantes, et ce préférentiellement chez la femme enceinte, pour des raisons non encore élucidées. Le taux de mortalité peut alors atteindre 20% au cours du troisième trimestre de grossesse. Il n’existe aucun traitement spécifique de HEV et aucun vaccin n’est encore disponible bien que les premiers tests de vaccination soient encourageants.
HCV appartient au genre Hepacivirus au sein de la famille des Flaviviridae [voir ici], et présente de nombreux génotypes. C'est un virus à symétrie icosaédrique, enveloppé (l'enveloppe dérive du réticulum endoplasmique), à ARN linéaire simple brin de polarité positive, d’environ 9,5kb. Les virions ont un diamètre d’environ 50 nm (figure 5). Le génome d’HCV présente un ORF central codant pour une unique polyprotéine encadrée à chaque extrémité par des régions non codantes [voir ici] (figure 6). Les mécanismes de réplication du virus, caractérisés par des interrelations étroites avec le métabolisme des lipides [voir ici], reste mal connu du fait de l'absence jusqu'à une date récente de système cellulaire d'étude de la réplication [voir ici].
Figure 5. HCV : structure des particules virales.
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La nature précise de la particule infectieuse reste mal connue (HCV s’associe notamment avec des LDL au sein de « low-density HCV particles »).
Figure 6. Structure et expression du génome d’HCV.
La séquence de l’unique polyprotéine d’HCV est encadrée de régions non codantes. Une fois exprimée, la polyprotéine est clivée par des protéases virales et cellulaires (flèches) pour donner les différentes protéines virales matures.
HCV est un problème de santé publique mondiale puisqu'environ 170 millions de personnes seraient porteurs chroniques du virus et qu'il y aurait entre 3 et 4 millions de nouveaux cas chaque année dans le monde. Cependant, la répartition mondiale n’est pas homogène (figure 7).
La transmission se fait essentiellement par contact avec le sang d’un patient infecté (toxicomanie, transfusion sanguine, etc.), mais depuis le début des années 90, l’apparition de tests de détection a permis d’éliminer la transmission par transfusion dans les pays développés. Par conséquent, la toxicomanie est, de nos jours, responsable de plus de 70% des nouveaux cas détectés en France. HCV infecte préférentiellement les cellules du foie même si de nombreux types cellulaires semblent capables de supporter la réplication du virus. In vivo, il est retrouvé dans divers tissus. Un déterminant important du tropisme d’HCV pourrait se situer à l'étape de pénétration. Plusieurs récepteurs cellulaires potentiels ont été identifiés in vitro, dont le récepteur aux LDL, mais leurs rôles exacts restent incertains [voir ici]. La période d’incubation de la maladie est très variable (de 4 à 12 semaines). L’infection aiguë est le plus souvent asymptomatique et, bien que la guérison survienne sans complications dans 20% des cas, conduit dans 80% des cas (chez l’adulte) à une hépatite chronique qui ne guérit que très rarement de façon spontanée. La forme chronique peut induire stéatoses (accumulation de triglycérides dans les hépatocytes), cirrhoses (avec insuffisance hépatique, hypertension portale…) et hépatocarcinomes, mais elle peut aussi engendrer plus rarement divers symptômes dermatologiques, rénaux, neurologiques, etc. La cirrhose terminale liée à HCV constitue, en France, la première cause de transplantation hépatique. Divers traitements sont disponibles contre l’hépatite C (utilisant notamment l’interféron alpha), mais ils sont inconstamment efficaces, souvent mal supportés et très onéreux [voir ici]. Aucun vaccin n’est actuellement disponible, d'où l'importance de la mise en place de mesures de prévention efficace de la transmission interhumaine, l’homme étant le seul réservoir naturel d’HCV.
HGV appartient lui aussi à la famille des Flaviviridae, mais se distingue clairement de celui-ci notamment par sa protéine de capside. Touefois, sa position taxonomique reste confuse, ainsi celle des virus apparentés GB-A, GB-B et GB-C. De plus, malgré quelques données contradictoires, il semble que les patients infectés ne présentent aucune symptomatologie, ni même d'anomalie biologique. Du fait de cette absence de pathogénicité, il n’existe aucun traitement recommandé contre HGV et les tests de dépistage ne le prennent pas même en compte. Le mode de transmission de ce virus est encore mal connu. On sait cependant qu'il se transmet indiscutablement par transfusion sanguine et l’existence d’une transmission sexuelle ou verticale semble probable. La proportion de personnes porteuses du virus se situerait entre 2 et 5%.
HBV est le virus prototype de la famille des Hepadnaviridae et appartient au genre Orthohepadnavirus. La particule infectieuse (ou particule de Dane) est une structure à symétrie icosaédrique, enveloppée, faisant entre 42 et 47 nm de diamètre (figure 8). La nucléocapside contient le génome du virus et la polymérase. Il existe huit génotypes distincts d’HBV ainsi que de nombreux sérotypes.
Figure 8. La particule infectieuse de HBV (particule de Dane).
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ant les protéines virales Ag HBs pour antigène de surface de l’hépatite B. Le core, d’environ 27 nm de diamètre est composé principalement d’une phosphoprotéine couramment appelée hepatitis B core Antigen (HBcAg) ou protéine C.
Le génome de HBV est un ADN circulaire relaché, partiellement bicaténaire, de 3,2 kb (brin négatif complet). Il est extrêmement compact puisque toute la séquence est codante, y compris les régions régulatrices. Quatre ORF distincts se chevauchent largement et sont orientés dans le même sens (figure 9).
Figure 9. Structure et expression du génome de HBV.
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Le génome permet l’expression de quatre transcrits (représentés en bleu) codant pour les différentes protéines virales, à partir de 4 ORF : L'ORF C code pour l'antigène HBe (preC+C) et la protéine de core ou antigène HBc (C) ; L'ORF P pour la polymérase ; l'ORF S (preS1+preS2+S, preS2+S, S) pour trois différentes protéines d’enveloppe ou antigène HBs (voir aussi figure 8) ; et l'ORF X pour la protéine transactivatrice.
HBV a un mode de réplication très particulier (figure 10). En effet, après pénétration dans la cellule-hôte, le brin positif est complété par la polymérase. Cet ADN double brin sert alors de matrice pour la synthèse des ARN sous-génomiques (2,1/2,4 kb RNA) et de l'ARN prégénomique (RNApg = 3,5 kb RNA). Ces derniers codent pour la protéine de core et la polymérase, puis sont encapsidés avec la polymérase qui, par son activité de reverse-transcriptase, les recopie pour synthétiser le génome viral (brin ADN négatif complet, puis une partie du brin positif).
Le virus HBV est présent dans le monde entier, et l’on considère que plus de 300 millions de personnes sont porteuses chroniques du virus. Cependant, la prévalence du virus est inégale selon les régions du monde (figure 11).
En cas d’infection, le virus est bien sûr présent dans les hépatocytes, mais on le retrouve aussi en forte concentration dans le sang, les secrétions génitales, le sperme, la salive, etc. En conséquence, la transmission se fait par contact avec du sang contaminé, mais aussi par voie sexuelle et de la mère à l'enfant. Le tropisme du virus est essentiellement hépatocytaire, sans que l’on connaisse avec certitude le récepteur cellulaire. Néanmoins, l’ADN du virus est aussi retrouvé dans de nombreux autres types cellulaires (moelle osseuse, cellules mononuclées du sang, pancréas, etc.), sous des formes non réplicatives. L'étude du cycle de ce virus est délicate du fait de l’absence de bon système de réplication en culture cellulaire. La période d’incubation est plus longue que pour HAV, mais très variable : de 30 à 120 jours. Comme pour l’hépatite A, la phase aiguë peut aller d'une forme asymptomatique à la forme fulminante (70% des hépatites fulminantes virales sont liées à HBV, et sont mortelles dans 70% des cas en absence de greffe hépatique). L'évolution vers une forme chronique est d'autant plus probable que la phase aiguë a été peu symptomatique, et survient dans environ 20 % des cas chez l'adulte, exposant au risque de complications graves (cirrhose, hépatocarcinomes, maladies auto-immunes). Les traitements curatifs contre HBV sont encore peu efficaces et lors d’une hépatite sévère, la greffe hépatique est souvent la seule solution. Cependant la présence de vaccins permet une prévention efficace.
HDV est classé dans le genre Deltavirus, qui n’a pas encore de position taxonomique définitive. Il est le seul membre de ce genre et au moins trois génotypes sont connus. C'est un virus enveloppé d’environ 36 nm de diamètre, à ARN circulaire monocaténaire de 1,7kb, de polarité négative. La nucléocapside est composée de deux formes protéiques (codées par l’unique ORF du génome) correspondant à l’antigène caractéristique d’HDV et s’associant avec le génome viral. Il s'agit d'un agent satellite d’HBV : l’enveloppe d’HDV est en fait celle d’HBV, dont il dépend donc pour sa dissémination (figure 12). Une particularité du génome d’HDV est la complémentarité d’environ 70% de ses bases engendrant un appariement partiel tout le long du génome (figure 13). Cette structure particulière, ressemblant à celle des viroïdes, mais en différant par sa taille et sa capacité à coder une protéine, n’est pas la seule originalité d’HDV. En effet, c'est le seul virus à ARN connu à ne pas coder pour une polymérase ARN-dépendante. Pour sa réplication, HDV utiliserait l’ARN polymérase II cellulaire (pourtant normalement dépendante d'une matrice ADN). De plus, son ARN possède une activité ribozyme nécessaire à la réplication virale, et l’existence de deux formes protéiques pour la nucléocapside s’explique par un mécanisme d’editing au niveau de l’ARN antigénomique.
Figure 13. Structure et expression du génome d’HDV.
La portion en rectangle représente l’unique ORF de HDV, codant pour l’antigène delta (qui présente deux isoformes représentées par les deux flèches de longueurs différentes).
L’infection par HDV étant liée à celle par HBV, la répartition mondiale d’HDV est similaire à celle d’HBV. On estime qu’environ 5% des patients présentant des antigènes d’HBV sont infectés par HDV, mais il existe de très fortes disparités régionales (figure 14). De plus, les trois génotypes ont des répartitions géographiques distinctes.
La transmission d’HDV reste mal connue, même si les voies de transmission sont similaires à celles d’HBV. Si en Europe et aux Etats-Unis, HDV semble surtout se transmettre au sein de certaines populations à risque (par voie intraveineuse chez les toxicomanes), il existe un mode de transmission intrafamilial au sein de populations africaines et asiatiques. L’hépatite D a un temps d’incubation pouvant aller de 40 jours à six mois, et est sans doute l’hépatite la plus sévère. En effet, le taux de mortalité lié à HDV serait dix fois supérieur à celui lié à HBV. Cette sévérité dépend de la date de l'infection par HDV par rapport à celle par HBV, la surinfection par HDV d'une infection chronique déja établie par HBV induisant une hépatite aiguë plus sévère qu'en cas de infection concommitante par les deux virus. En cas de coinfection, l’infection par HDV ne devient chronique que dans 5% des cas. Au contraire, la surinfection d'une hépatite chonique à HBV, qui entraîne une hépatite fulminante une fois sur dix, evolue vers la chronicité dans 60 à 70% des cas, avec apparition de cirrhose. Il n’existe aucun traitement spécifique établi pour HDV. Les seuls traitements actuels, basés sur l’utilisation d’interféron alpha ou gamma, sont expérimentaux et n’entraînent une baisse de la charge virale que dans 50% des cas. En cas d’hépatite fulminante ou de cirrhose prononcée, une transplantation hépatique peut être effectuée. Il faut noter que le pourcentage de réussite de la greffe est plus important pour les patients atteints de HDV que pour ceux atteints d’HBV seul.