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La Renouée du Japon à la conquête du monde

Auteurs : Régis Thomas, David Busti et Margarethe Maillart ; Publication : David Busti
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Un peu partout en France, le long des grands fleuves mais aussi le long des routes, dans les friches, à la campagne comme à la ville, en plaine comme en montagne, on rencontre de plus en plus souvent une herbe géante à larges feuilles, couverte de fleurs blanches à l'automne : la Renouée du Japon (Fallopia japonica).

En 1847, la société d'agriculture et d'horticulture de la ville d'Utrecht, aux Pays-Bas, décerne sa médaille d'or à cette Renouée, pour la beauté de son feuillage et ses inflorescences parfumées. Un siècle et demi plus tard, la belle plante est devenue une envahissante « odieuse et haïssable » que l'on regarde partout comme une peste végétale à éradiquer par tous les moyens.

La Renouée du Japon dans son milieu naturel :
massifs en bordure d'un cours d'eau (à gauche) et le long d'une route (à droite).

Renouee-du-japon-image-appel.jpg Renouee-du-japon-ecologie.jpg

 

Une herbe géante à grandes feuilles et à rhizome énorme

La Renouée du Japon est une grande herbe pouvant atteindre 3 m de haut. Ses tiges sont creuses, érigées, rougeâtres, semi-ligneuses avec des nœuds marqués qui les font ressembler à des tiges de bambous (les apiculteurs du nord des Etats-Unis en font d'ailleurs un miel appelé « bamboo honey »). Les feuilles sont grandes (elles atteignent 20cm de long), ovales-triangulaires, tronquées à la base, terminées en pointe (d'où l'un de ses noms d'espèce : cuspidatum) et portées par un court pétiole rouge. La tige est entourée au niveau des nœuds par une membrane brune appelée ochréa caractérisant la famille des Polygonacées.

Morphologie de l'appareil végétatif : rameau fleuri (à gauche) et détail de l'ochréa (à droite).
Sur la photo de droite, des ochréas sont également visibles au niveau des nœuds des axes inflorescentiels, à l'aisselle de chaque groupe (cyme) de fleurs.

Renouee-du-japon-appareil végétatif.jpg Renouee-du-japon-ochrea.jpg

 

Les tiges sont issues d'un rhizome énorme qui peut atteindre 30cm de diamètre. Celui-ci tisse un réseau dense qui colonise l'espace souterrain au point de monopoliser l'eau et les nutriments. L'été, la Renouée du Japon y accumule une quantité considérable de réserves qui permettront aux tiges de pousser très vite au printemps suivant (elles peuvent gagner 4,6cm par jour !).

Une polygonacée qui a changé 3 fois de nom !
1) La Renouée appartient au genre Polygonum, genre type de la famille des Polygonacées dans laquelle on trouve également le Sarrasin ou blé noir (genre Fagopyrum) et les Oseilles (genre Rumex). Polygonum veut dire à « plusieurs genoux », une allusion aux tiges marquées de nœuds prohéminents. Renouée veut dire "plusieurs fois nouée", ce qui signifie la même chose.
2) La renouée du Japon n'est pas répertoriée dans les flores générales de Bonnier (1900) et Coste (1906). Elle apparaît cependant dans la flore de Fournier (1935) sous le nom de Polygonum cuspidatum (Renouée à feuilles pointues).
3) La flore de Guinochet (1973) la cite sous le nom de Reynoutria japonica, nom dédié à Reynoutre, naturaliste français du XVIème siècle.
4) On l'appelle aujourd'hui Fallopia japonica, nom dédié à l'anatomiste et botaniste italien Gabriel Fallope (1523-1562).

 

De petites fleurs blanches automnales

Les fleurs apparaissent en septembre-octobre, ce qui fait de cette renouée l'une des rares plantes fleurissant à cette époque. Elles sont groupées en inflorescences pyramidales dressées, qui sont des épis de cymes.

Inflorescence de Renouée du Japon. Au centre : un épi de cymes.

Renouee-du-japon-inflorescence.jpg


Les jeunes fleurs fermées se présentent comme de petites pyramides blanches trigones constituées de 3 sépales « soudés » portant une côte sur le dos (la fleur est apétale).

La fleur révèle sa structure véritable au moment de son épanouissement. Elle comporte :

  • 5 sépales blancs dont 3 portant une côte ;
  • 8 étamines à anthères blanches insérées par 2 en face des 3 sépales " côtelés " ou isolément en face aux 2 autres sépales. Le nectar suinte à la base des filets ;
  • 3 carpelles soudés en un ovaire trigone uniloculaire (avec un seul ovule orthotrope) surmonté de 3 stigmates lobés.

Le fruit est un akène trigone enveloppé par les pièces du calice persistant.

Structure de la fleur : cyme isolée (à droite),
fleurs en bouton montrant les 3 sépales avec "côte" (au centre) et fleur épanouie, vue de profil et de face (à droite).

Renouee-du-japon-fleur.jpg

 

Le plus grand clone végétal de la planète

Les recherches en biologie moléculaire conduites en Grande-Bretagne sur 150 renouées des Iles Britanniques et sur 16 autres venant de toute l'Europe et des Etats-Unis, confirment que toutes les plantes étudiées appartiennent à un seul et même clone ! En dehors du Japon, la plante ne présente pas de reproduction sexuée. Elle s'est donc propagée exclusivement par multiplication végétative grâce à son rhizome et elle constitue très probablement le plus grand clone végétal de la planète !

La réussite de cette belle japonaise tient à un certain nombre de caractères biologiques et génétiques :

  • Son succès dépend d'abord de son rhizome qui, en assurant une multiplication végétative de la plante, permet une colonisation rapide du milieu ;
  • Ensuite, la Renouée du Japon produit dans sa litière des composés phénoliques toxiques pour les racines de ses concurrents végétaux directs ;
  • Un autre atout de taille est sa polyploïdie. Dans son cas, le nombre de chromosomes de base de l'espèce est 2n = 22. Au japon, les pieds actuels sont tétraploïdes (2n = 44) par opposition à leurs ancêtres diploïdes disparus. En Europe, la plante est même devenue octoploïde (2n = 88). Les avantages de la polyploïdie sont bien connus : plante géante, plus grande diversité génétique (chaque gène est présent en 8 exemplaires), hybridation facilitée...

Outre ces caractéristiques propres à l'espèce, la Renouée du Japon a pu profiter dans son aire d'introduction de conditions de vie favorables qui lui ont permis de devenir invasive (voir à ce sujet notre article "De l'origine du succès de la Renouée du Japon").

Pour en savoir plus

  • CLEMENT Gilles, Eloge des vagabondes, NIL, 2002.
  • BAILEY John & SCHNITZER Annick, La Renouée du Japon, La recherche n° 364 (mai 2003).
  • MULLER Serge (Coordinateur), Plantes invasives en France, Mus. Hist. Nat. Paris, 2004.

 

Régis Thomas, David Busti & Margarethe Maillart, septembre 2011.

 


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